« 25 octobre 1846 » [source : MVH, α 7804], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1292, page consultée le 13 août 2026.
25 octobre [1846], dimanche après-midi, 3 h.
Je vous attends, mon Toto chéri, je suis sûre que depuis bientôt quatorze ans il n’y
a pas un seul de mes gribouillis qui ne commence et ne finisse par ces mots
sacramentels : je t’attends.
C’est passé à l’état
chronique pour ma plume mais pour moi ces deux mots sont toujours aussi tristes et
aussi douloureux quand je les écris que la première fois. Je ne peux pas m’habituer
à
ton absence. J’en souffre toujours comme au premier jour.
Je ne t’ai pas écrit ce
matin parce que j’étais toute malingre ; depuis cela se dissipe au fur et à mesure
que
le temps s’éclaircit. S’il ne pleut pas d’ici à ce soir il est probable que mon mal
de
tête s’en ira tout à fait.
Cher adoré, j’accepte avec des transports de
reconnaissance le sacrifice que tu m’offres en n’allant pas
à cette exhibition d’art. Je ne tiens pas à ce que tu te
perfectionnes dans les idées pieuses et morales. Je te trouve déjà trop pieux et trop
moral sans études.
Aussi, mon Victor adoré, j’accepte ta proposition avec
enthousiasme et je te supplie au nom de notre amour de ne pas revenir sur cette bonne
et généreuse pensée. Il faut laisser toutes ces hautes vertus à ceux à qui elles
appartiennent de droit et de fait et te contenter d’être ma joie, ma vie, mon bonheur,
mon amour, mon culte, mon adoration et mon Dieu. Je sais bien que tu aimerais mieux
l’autre chose mais sérieusement tu me ferais un affreux
chagrin et tu ne le voudrais pas car tu es vraiment bon toi.
Depuis tantôt je
suis la plus malheureuse des femmes avec ma cheminée. Dans ce moment-ci la fumée
m’aveugle et m’étouffe. Même en ouvrant porte et fenêtre je ne peux pas parvenir à
entrouvrir mes yeux et à reprendre ma respiration. Je désire
que tu ne viennes pas à présent, mon pauvre ange, à cause de tes yeux. Mais ce n’est
pas à craindre car depuis un moment la pluie tombe à
torrents et je t’aime de même.
Sur ce trait d’esprit
baisez-moi et soyez-moi bien fidèle, même des yeux. Je vous en supplie.
Juliette.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
